Chapitre I

Vendre avant de produire

1947 — 1977

Claude Berda naît à Paris le 3 février 1947. Il fait des études de droit et de gestion à l'université Paris-Dauphine et, pour financer ses années d'étudiant, se met à vendre des jeans à ses camarades. Le commerce prend. Il ouvre une boutique à Saint-Tropez sous l'enseigne Jean's Store, puis une deuxième, puis une trentaine d'autres : trente-neuf magasins finiront par couvrir la Côte d'Azur.

Ce que peu savent, c'est la part d'audace pure qu'il y avait dans ce premier geste. Rien, dans le parcours d'un étudiant en droit et gestion, ne le prédestinait au commerce du textile. Il n'a pas attendu d'avoir un plan ; il a ouvert une boutique. Ce trait — agir avant d'être certain, ajuster ensuite — restera la signature de toute sa vie professionnelle. Ceux qui l'ont côtoyé à cette époque décrivent un jeune homme d'une énergie peu commune, capable de convaincre un commerçant de lui louer un local un vendredi et d'ouvrir le rideau le lundi suivant. Il ne cherchait pas la sécurité d'un métier établi ; il cherchait le contact direct avec ce que les gens voulaient, sans intermédiaire.

Il y apprend ce qui ne s'enseigne dans aucune école : ce que les gens achètent vraiment, à quel prix, et à quelle vitesse une mode se retourne. Cette leçon, il ne l'a jamais désapprise. Des décennies plus tard, ceux qui travaillaient avec lui racontent encore un homme capable de sentir, avant les études de marché, avant les comités, ce qu'un public allait aimer. Ce n'était pas de l'intuition abstraite : c'était le souvenir précis d'avoir vendu, un par un, à des clients bien réels, et d'avoir appris à lire leurs envies dans leurs hésitations devant une vitrine.

Toute sa carrière de producteur découlera de cette première intuition — le public sait ce qu'il aime, encore faut-il accepter de le lui donner. C'est une phrase simple, presque désarmante de modestie pour un homme qui allait bâtir un empire audiovisuel puis des quartiers entiers. Mais elle dit l'essentiel d'une méthode : ne jamais mépriser ce que le plus grand nombre réclame, même quand les cercles autorisés le jugent mineur ou vulgaire. C'est cette conviction, forgée dans les boutiques de la Côte d'Azur, qui allait bientôt le conduire vers un tout autre métier — celui de l'image et du son.