Sa vie
Claude Berda
Un homme de média visionnaire
3 février 1947 — 19 décembre 2025

Des tubes et des séries qui sont entrés dans le quotidien des Français, un bouquet de chaînes bâti de toutes pièces, puis des quartiers sortis de terre à Genève et à Lisbonne.
En quarante-huit ans d'entreprise, Claude Berda a fait trois métiers avec la même méthode : voir avant les autres, et n'attendre la permission de personne.
Vendre avant de produire
1947 — 1977
Claude Berda naît à Paris le 3 février 1947. Il fait des études de droit et de gestion à l'université Paris-Dauphine et, pour financer ses années d'étudiant, se met à vendre des jeans à ses camarades. Le commerce prend. Il ouvre une boutique à Saint-Tropez sous l'enseigne Jean's Store, puis une deuxième, puis une trentaine d'autres : trente-neuf magasins finiront par couvrir la Côte d'Azur.
Il y apprend ce qui ne s'enseigne dans aucune école : ce que les gens achètent vraiment, à quel prix, et à quelle vitesse une mode se retourne. Toute sa carrière de producteur découlera de cette première intuition — le public sait ce qu'il aime, encore faut-il accepter de le lui donner.
L'aventure AB Productions
1977 — 1997
En 1977, Claude Berda cofonde AB Productions avec Jean-Luc Azoulay — le A et le B. La société commence par le disque et le spectacle, loin des studios de télévision. Son premier titre s'appelle « Chérie je t'aime, chérie je t'adore ». Elle obtient aussi du Vatican l'autorisation d'éditer les disques des messes de Jean-Paul II. Deux idées que personne n'avait eues, pour deux publics que personne ne regardait.
Le tournant a lieu en 1987 : il convainc TF1 de lui confier l'unité jeunesse de la chaîne, soit plus de 900 heures de programmes par an. C'est un pari considérable pour une maison qui n'a jamais produit d'antenne. Le Club Dorothée est lancé le 29 août 1987 et durera dix ans, jusqu'au 28 août 1997.
L'émission devient le rendez-vous quotidien de toute une génération. Elle fait surtout entrer les animations japonaises dans la culture populaire française — Dragon Ball, Les Chevaliers du Zodiaque, Nicky Larson, Bioman — des années avant que le mot « manga » n'entre dans le langage courant. Là où d'autres voyaient des dessins animés bon marché, il avait vu un phénomène culturel.
Dans le prolongement de l'antenne jeunesse, AB invente en France la fiction quotidienne à cadence industrielle : « Premiers Baisers », « Hélène et les Garçons » et les séries qui en découlent. Décors permanents, comédiens très jeunes, tournage rapide, diffusion continue. La critique est sévère ; le public, lui, est au rendez-vous, et les personnages entrent dans le quotidien des familles françaises.
- La véritable innovation est industrielle. AB Productions est la première société française à réunir sous un même toit la production audiovisuelle, la production discographique, l'organisation de concerts et le merchandising.
- Un même personnage vit à l'écran, en disque, sur scène et sur les cahiers d'écolier. Ce modèle, banal aujourd'hui, n'existait pas alors.
- En 1995, une partie du groupe est introduite au New York Stock Exchange pour financer le futur bouquet de chaînes. En 1996, AB rachète le producteur de fictions Hamster.
Chapitre I — L'aventure AB
L'empire des chaînes thématiques
1996 — 2013
Au milieu des années 1990, la télévision française bascule : le câble s'étend, le satellite arrive, les bouquets se constituent. Claude Berda décide alors de ne plus se contenter de vendre des programmes aux chaînes — il sera la chaîne.
En avril 1996, AB lance AB Sat, premier bouquet français de chaînes thématiques payantes. La méthode est simple et méthodique : à chaque passion son antenne, avec des coûts de grille maîtrisés et un catalogue exploité au maximum. Le sport, le cinéma, la musique, le documentaire, la fiction — Toute l'Histoire, Chasse & Pêche, Animaux, Encyclopedia, Action, Mangas, AB1, AB Sports. Certaines de ces marques diffusent encore aujourd'hui.
En 1998, il rachète RTL9 à la CLT. La chaîne est alors leader du câble et du satellite, mais fragile : il la redresse. Puis, entre 2000 et 2005, il joue un rôle déterminant dans la naissance de la télévision numérique terrestre gratuite — rachat de TMC, lancement de NT1 et d'AB1 —, trois antennes qui pèseront durablement sur la recomposition du paysage télévisuel français. En 2013, il lance Jook Vidéo, plateforme de vidéo à la demande : une nouvelle fois, il regarde le tuyau suivant avant les autres.
« Il a su créer un univers fort et si visionnaire. Son nom restera dans l'histoire de la télévision et dans le cœur des employés d'AB. » Nathalie A., vingt ans à la distribution internationale
Ce que ses équipes racontent aujourd'hui ne parle pourtant ni de parts de marché ni de bouquets. Elles parlent d'une maison où l'on entrait très jeune, où l'on apprenait vite, où l'on restait quinze ou vingt ans — et dont on reste, des décennies plus tard, un « ancien d'AB ». Lire ce qu'ils nous écrivent.
Chapitre II — Les chaînes thématiques
Diversification dans l'immobilier
Années 2000 — 2025
À partir des années 2000, Claude Berda entame une seconde vie d'entrepreneur. Il ne quitte pas les médias : il ajoute un métier. Là où il assemblait des grilles de programmes, il assemble désormais des quartiers.
En Suisse, à travers sa société Urban Project, il développe le Quartier de l'Étang, à Genève : un morceau de ville entier, mêlant logements, bureaux, commerces et espaces publics, pensé autour des transports et de la sobriété énergétique. Au Portugal, il fonde Vanguard Properties, devenue en 2019 le premier promoteur de l'immobilier résidentiel de luxe du pays.
Dans chacun de ces projets, la ligne est constante : innovation architecturale plutôt que reproduction de modèles, développement durable, qualité d'usage, intégration dans la ville existante. Sa vision stratégique attire investisseurs et talents internationaux autour d'opérations structurantes. À Genève comme à Lisbonne, ce qu'il a bâti est toujours debout.
Claude Berda s'est éteint le 19 décembre 2025, à l'âge de 78 ans.
Chapitre III — Bâtir des quartiers
Vous l'avez connu ?
Sa famille recueille les souvenirs de ceux qui ont travaillé à ses côtés, l'ont croisé, ou l'ont aimé.
