Diversification dans l'immobilier
À partir des années 2000, Claude Berda entame une seconde vie d'entrepreneur. Il ne quitte pas les médias : il ajoute un métier. Là où il assemblait des grilles de programmes, il assemble désormais des quartiers. Peu d'entrepreneurs, arrivés à l'âge où d'autres songent à ralentir, choisissent au contraire d'ouvrir un chapitre entièrement nouveau, dans un secteur qu'ils n'ont jamais pratiqué. Ce fut pourtant, une fois de plus, sa réponse naturelle : voir un besoin, et s'y engager sans attendre d'y être invité.
En Suisse, à travers sa société Urban Project, il développe le Quartier de l'Étang, à Genève : un morceau de ville entier, mêlant logements, bureaux, commerces et espaces publics, pensé autour des transports et de la sobriété énergétique. Ce projet, par son ampleur, dépasse largement l'initiative immobilière ordinaire : il s'agit de dessiner un fragment de ville pour les décennies à venir, avec le souci — déjà présent bien avant qu'il ne devienne une évidence collective — de la sobriété énergétique et de la qualité de vie de ceux qui y habiteraient.
Au Portugal, il fonde Vanguard Properties, devenue en 2019 le premier promoteur de l'immobilier résidentiel de luxe du pays. Le nom même de la société — Vanguard, l'avant-garde — résume assez bien l'homme qui l'a fondée. Il ne s'agissait pas seulement de construire des logements, mais d'anticiper ce qu'un pays entier, le Portugal, allait devenir pour les investisseurs et les résidents internationaux, à un moment où peu de professionnels du secteur en percevaient le potentiel.
Ce regard porté sur le Portugal, Claude Berda ne le portait pas seul. Son fils Rolland, très tôt associé à cette aventure portugaise, partageait la même capacité à sentir un lieu avant qu'il ne devienne évident aux yeux de tous. C'est ainsi que Rolland identifie, bien avant que le nom ne circule dans les cercles de l'investissement international, le potentiel de Comporta — cette langue de pins et de rizières au sud de Lisbonne, alors préservée et confidentielle, que l'on commence tout juste à surnommer la nouvelle Riviera d'Europe. Là où beaucoup ne voyaient qu'un littoral encore rural, il pressentait déjà ce que la région allait devenir : un lieu recherché par une clientèle internationale exigeante, en quête d'authenticité autant que de raffinement.
Dans chacun des projets, la ligne est constante : innovation architecturale plutôt que reproduction de modèles, développement durable, qualité d'usage, intégration dans la ville existante. Sa vision stratégique attire investisseurs et talents internationaux autour d'opérations structurantes. Cette exigence de qualité et de sens — ne pas simplement construire, mais bâtir juste — témoigne d'un homme pour qui l'entreprise n'était jamais une fin en soi, mais toujours mise au service d'une idée plus large de ce qu'une ville, un quartier, une communauté pouvaient devenir.
À Genève comme à Lisbonne, ce qu'il a bâti est toujours debout. Il y a, dans cette phrase simple, toute la mesure d'un héritage : contrairement aux grilles de programmes, nécessairement éphémères, les quartiers qu'il a fait sortir de terre continueront d'abriter des vies bien après lui. C'est peut-être la marque la plus tangible qu'il laisse derrière lui — des pierres, des rues, des immeubles habités, portant la trace d'une vision qui aura, jusqu'au bout, cherché à voir plus loin que les autres.
Claude Berda s'est éteint le 19 décembre 2025, à l'âge de 78 ans, après quarante-huit années d'une vie entrepreneuriale continue, menée avec la même méthode du premier jour : voir avant les autres, et n'attendre la permission de personne.
